Essence à Niamey : sans communication officielle, la panique s’installe
Ce 4 octobre, à Niamey, le constat est contrasté : certaines stations sont à sec quand d’autres continuent de servir normalement leurs clients. Un décalage qui, selon plusieurs pompistes interrogés, s’explique moins par une rupture généralisée que par des difficultés d’approvisionnement ponctuelles, amplifiées par l’absence de communication institutionnelle claire et par la mémoire encore vive, chez les usagers, de précédents épisodes similaires.
Sur le terrain, la situation n’est donc pas uniforme. Plusieurs stations de la capitale peinent à servir leurs clients tandis que d’autres fonctionnent sans difficulté apparente, un contraste qui, selon des pompistes interrogés, correspond à une rupture d’approvisionnement touchant certains points de vente plutôt qu’à un manque généralisé de carburant. Ni la Sonidep ni le ministère du Pétrole et du Gaz n’ont pour l’heure communiqué sur l’ampleur du phénomène ni sur un calendrier de retour à la normale, un silence qui s’inscrit dans la continuité d’une ville déjà marquée depuis juillet par des épisodes récurrents de pompes à sec, sans qu’aucune explication n’ait jamais été apportée sur leurs causes réelles.
Faute de parole officielle, une partie des observateurs privilégie l’hypothèse structurelle : la Soraz, seule raffinerie du pays, ne livrerait à la Sonidep qu’une fraction de ce dont le marché a besoin au quotidien, un déficit que la fermeture du robinet informel venu du Nigeria aurait rendu plus sensible encore. Un paradoxe d’autant plus mal vécu que le Niger a plus que quintuplé sa production pétrolière depuis janvier 2024, sans que cette hausse ne se traduise par une sécurité d’approvisionnement à la pompe.
Mais ce même vide informationnel nourrit une autre dynamique, celle d’un emballement porté par les consommateurs eux-mêmes et entretenu par la désinformation. Il suffit qu’une rumeur de rupture circule, sans qu’aucune autorité ne la démente ou ne la confirme, pour qu’une partie de la population se précipite vers les stations encore approvisionnées afin de constituer des réserves, provoquant mécaniquement de longues files à ces points de vente précis. Ce réflexe trouve son origine dans la mémoire encore vive de précédents épisodes de rupture d’approvisionnement, à Niamey comme à Maradi et Agadez : les usagers, échaudés par ces expériences passées, anticipent le manque avant même qu’il ne soit confirmé. Des automobilistes qui achetaient habituellement pour 2 000 ou 5 000 francs CFA de carburant en prendraient alors parfois le double ou le triple de leur consommation réelle, accélérant l’écoulement des stocks disponibles. Le fait que certaines stations continuent, au même moment, à servir sans interruption apparente plusieurs centaines de véhicules par jour tend d’ailleurs à confirmer le caractère localisé plutôt que généralisé du phénomène.
Entre des difficultés d’approvisionnement ponctuelles, confirmées par les pompistes eux-mêmes, et un emballement collectif nourri par la désinformation, c’est bien l’absence de communication institutionnelle claire qui constitue le dénominateur commun. Faute de parole officielle pour situer précisément l’ampleur du problème, la rumeur occupe le terrain laissé vacant et peut transformer une difficulté localisée en phénomène perçu comme généralisé, par le seul effet des comportements qu’elle déclenche.
Dans l’attente d’une communication claire des autorités compétentes, seule à même de distinguer le fait de la rumeur, la prudence s’impose : vérifier l’information avant d’agir, et éviter que la crainte d’un manque ne finisse, par la précipitation qu’elle engendre, par en créer les conditions.
Laouali Kane





