Dans un communiqué officiel rendu public le 13 octobre 2026 par le comité de négociation et lu par le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et des Nigériens à l’extérieur, M. Bakary Yaou Sangaré, le gouvernement nigérien a dressé un constat sans concession : l’opacité flagrante et le manque de volonté manifeste des parties prenantes chinoises – China National Petroleum Corporation (CNPC), West African Pipeline Oil Company (WAPCO) et la Société de Raffinage de Zinder (SORAZ) – dans le respect de leurs engagements contractuels.
Face aux manquements répétés vis-à-vis des dispositions actées dans le protocole de partenariat révisé de mai 2026, les autorités de la Transition ont posé un ultimatum strict et sans équivoque : un délai ferme de 45 jours est accordé aux partenaires chinois pour se conformer intégralement à leurs obligations.
Manquements contractuels et hémorragie financière
Dans le détail des griefs retenus contre les géants pétroliers chinois, le gouvernement pointe une série d’engagements non tenus touchant aussi bien à la gouvernance administrative, aux ressources humaines qu’à la certification indépendante des réserves de brut.
Toutefois, la question cruciale qui scandalise l’opinion publique demeure la fuite massive des devises et le non-rapatriement des recettes d’exportation. Sur plus de 3 000 milliards de FCFA attendus au titre des recettes d’exportation du pétrole brut, à peine 105 milliards de FCFA auraient été réinjectés dans le circuit financier national sur une période de deux ans.
Cette rétention ou fuite de devises à l’étranger asphyxie l’économie nationale. En ne rapatriant pas la totalité des devises issues des ventes de brut selon les mécanismes de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), le consortium chinois prive le Trésor public nigérien de liquidités précieuses, affaiblit la réserve de change de la zone et prive le pays des ressources financières indispensables au financement du développement et de la souveraineté nationale.
Niamey exige désormais l’application immédiate de la solution préconisée par la BCEAO pour le rapatriement effectif et intégral de ces fonds.
Un réveil salvateur de l’exécutif
Il convient de saluer cette prise de position courageuse de l’exécutif nigérien. En dénonçant ouvertement l’attitude des partenaires chinois et en sortant du silence, le gouvernement de transition montre qu’aucun investisseur, aussi puissant soit-il, ne doit s’affranchir des lois et des intérêts souverains du Niger. Il n’est jamais trop tard pour bien faire, et cette mise au point indispensable était attendue depuis bien longtemps par le peuple nigérien.
Ce réveil de conscience intervient moins de 48 heures après la publication, le 12 octobre 2026, d’un communiqué officiel du ministère du Pétrole relatif à un incident environnemental d’une gravité exceptionnelle survenu le 25 septembre 2026 au puits pétrolier Goumeri W-8 du bloc d’Agadem (exploité par la CNPC). Cette éruption de pétrole et de gaz a servi de détonateur, offrant une occasion propice pour rebondir globalement sur la gestion du secteur et remettre à plat l’ensemble du partenariat pétrolier avec la Chine.
L‘urgence de la nigérisation
Ce n’est pas la première fois que l’État du Niger a maille à partir avec les sociétés ou acteurs chinois. On se rappelle notamment qu’en mars 2025, les autorités nigériennes avaient déjà pris des mesures drastiques en retirant l’autorisation d’exploitation et en fermant l’hôtel chinois Soluxe International à Niamey, démarche suivie du rapatriement et de l’expulsion de plusieurs ressortissants chinois en situation de dépassement de séjour ou d’irrégularité. Cet épisode traduisait déjà la volonté de mettre fin au non-respect des lois administratives et de faire respecter l’exigence de la nigérisation des cadres dans tous les secteurs stratégiques.
L’opacité prolongée dans la gestion des ressources pétrolières ne profite qu’aux multinationales et à certains responsables ou cadres véreux de l’administration publique qui en tirent des rentes indues. Il est impératif d’y mettre un terme définitif.
Dans cette optique de reprise en main, il faut saluer le recours à l’expertise algérienne sollicitée par le gouvernement pour, entre autres, le contrôle technique et la gestion des incidents environnementaux.
Une gestion instable qui appelle à la rigueur
Pour prendre la pleine mesure de cette instabilité, il convient de souligner que la gestion du secteur pétrolier sous ce régime de la Refondation a déjà vu défiler 3 ministres différents, reflétant la complexité, les tensions et les défis colossaux liés à la gouvernance des hydrocarbures dans le Pays.
L’histoire rappelle que cette quête de souveraineté pétrolière est un combat de longue date. Déjà en 2011, le Niger avait dû faire appel à l’expertise étrangère afin d’aider l’État à contrôler et vérifier l’exploitation du pétrole par les Chinois (Déclaration d’un ancien Secrétaire Général du Ministère du Pétrole). Quinze ans plus tard, le constat demeure : face à des géants industriels, seul un contrôle strict, indépendant et intransigeant permet de préserver la richesse de la nation pour les générations futures.
Oumarou Kané



