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jeudi, octobre 15, 2026
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Mali : La guerre d’usure entre le GSIM et l’EIGS s’intensifie dans le Centre et le Septentrion

Alors que le Mali demeure en proie à une instabilité sécuritaire majeure, une guerre fratricide mais impitoyable se joue en arrière-plan : la lutte hégémonique entre les deux géants du terrorisme sahélien.  

​Au Mali, le groupe GSIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, connu sous son acronyme arabe JNIM – Jamat at nusrat al-islam wal muslimin – affilié à Al-Qaïda) et l’EIGS (État islamique au Grand Sahara, affilié à Daech) s’affrontent violemment dans le centre et le septentrion du pays. Loin d’être un phénomène nouveau, ces combats meurtriers s’inscrivent dans une logique continue de conquête de territorialité et de contrôle des axes stratégiques, des ressources et des populations.  

​Une guerre de communication et de désinformation

​À l’issue de chaque accrochage, un rituel bien rodé s’installe sur les canaux de propagande des deux organisations. Le JNIM comme l’EIGS revendiquent invariablement la victoire, publiant des bilans chiffrés surévalués, accompagnés d’images de trophées de guerre, d’armes saisies ou d’ennemis capturés.

​Dans cette guerre de l’information, il demeure extrêmement difficile de confirmer ou d’infirmer les bilans et revendications communiqués par les deux belligérants, en raison de l’enclavement des zones de combat et de la restriction de l’accès aux observateurs indépendants.  

​Un rapport de force en mutation : l’EIGS reprend-il l’avantage ?

​Selon plusieurs sources locales et sécuritaires concordantes, l’EIGS semble aujourd’hui prendre le dessus dans plusieurs zones clés du Nord et de l’Est du Mali. Cette remontée en puissance de l’EIGS s’explique en grande partie par les difficultés structurelles récentes de son rival.   En effet, après les violents revers essuyés face à l’offensive des Forces armées maliennes (FAMa) et de leurs partenaires russes (les forces d’Africa Corps), le JNIM a vu sa chaîne de commandement et ses réseaux territoriaux fortement fragilisés dans la région stratégique de Kidal.  Cette dispersion a poussé les éléments du JNIM à se réorganiser dans la précipitation, créant des failles tactiques que les combattants de l’EIGS s’empressent d’exploiter pour grignoter du terrain, notamment dans les zones frontalières de Ménaka et de Gao. Des affrontements récents ont ainsi été signalés dans les zones rurales de Gourma, ainsi que le long de la frontière nigéro-malienne et dans certaines localités du Centre, où les patrouilles d’attaque de l’EIGS ont multiplié les embuscades contre les positions du JNIM.  

​Les populations civiles, victimes et boucliers

​Pendant que les deux groupes non-étatiques se disputent la primauté du djihad au Sahel, les populations civiles paient le plus lourd tribut de cette guerre qui ravage la région depuis plus d’une décennie. Les communautés locales sont fréquemment utilisées comme boucliers humains lors des combats ou contraintes d’approvisionner les bases arrière des insurgés. N’hésitant pas à attiser les haines intercommunautaires, le JNIM et l’EIGS exploitent cyniquement les rivalités ancestrales entre éleveurs et agriculteurs, ou entre différentes ethnies (Peuls, Touaregs, Songhaïs, Dogons). En se posant alternativement en « protecteurs » de telle ou telle communauté marginalisée, ils alimentent un engrenage infernal de massacres de représailles.

​Oumarou Kané

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