AFRICA SKILLS WEEK 2026 : L’AFRIQUE FACE AU DÉFI DE LA CRÉATION D’EMPLOIS
À Harare, au Zimbabwe, s’est tenue, du 12 au 16 octobre 2026, la troisième édition de Africa Skills Week, organisée par la Commission de l’Union africaine et le gouvernement zimbabwéen. Le Africa Skills Week 2026 a remis en lumière une contradiction majeure : le continent dispose d’une jeunesse nombreuse, mais son économie peine à lui offrir suffisamment d’emplois productifs. Pour les responsables de l’Union africaine, la formation doit désormais se traduire en valeur ajoutée, en entreprises et en croissance industrielle.
Chaque année, plus de 12 millions de jeunes Africains arrivent sur le marché du travail, mais l’économie formelle n’en absorbe qu’environ 3 millions. Ce déséquilibre résume l’un des défis économiques les plus urgents du continent. La transformation de son potentiel démographique en emplois durables et en richesse.
C’est autour de cette problématique que les échanges ont porté sur l’adaptation de la formation aux besoins des entreprises et sur le développement des compétences nécessaires à l’industrialisation africaine.
« Plus de 12 millions de jeunes » face à un marché du travail insuffisant
À l’ouverture de la rencontre, le professeur Gaspard Banyankimbona, commissaire de l’Union africaine chargé de l’Éducation, des Sciences, des Technologies et de l’Innovation, a souligné l’ampleur du défi.
« Chaque année, plus de 12 millions de jeunes Africains entrent sur le marché du travail. »
Il a rappelé que l’économie formelle n’en absorbe qu’environ 3 millions, estimant que l’entrepreneuriat, l’innovation et le développement d’industries à forte valeur ajoutée doivent permettre d’élargir les perspectives professionnelles des jeunes.
Derrière ces chiffres se trouve une difficulté structurelle. Dans plusieurs économies africaines, des diplômés peinent à trouver un emploi correspondant à leurs qualifications, tandis que certaines entreprises manquent de techniciens et de travailleurs qualifiés.
Le problème ne se limite donc pas à la formation. Il concerne également la capacité des économies à créer suffisamment d’activités productives pour employer les compétences disponibles.
Le président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa, qui a accueilli les participants à Harare, a défendu une formation davantage tournée vers les besoins concrets de l’économie.
« Notre continent possède la population la plus jeune du monde. »
Le chef de l’État a notamment insisté sur l’investissement dans les compétences pertinentes, l’apprentissage en milieu professionnel et l’accompagnement des entreprises. Selon lui, le potentiel démographique africain doit devenir une force compétitive grâce à des formations adaptées aux besoins du marché.
Cette orientation répond à une réalité économique : les entreprises ont besoin de compétences immédiatement mobilisables pour développer leur production, maîtriser les nouvelles technologies et améliorer leur productivité.
Mais former des jeunes ne suffit pas si les investissements industriels ne suivent pas. Sans entreprises capables de recruter, même les formations les plus adaptées risquent de déboucher sur des perspectives limitées.
L’industrialisation, au cœur de la réponse africaine
Pour Gaspard Banyankimbona, le développement des compétences doit être directement relié aux secteurs stratégiques du continent, notamment l’agro-industrie, l’automobile et l’industrie pharmaceutique.
Le commissaire a également souligné l’importance de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), dont le marché représente un produit intérieur brut cumulé estimé à 3 400 milliards de dollars. L’harmonisation des compétences et la mobilité des travailleurs qualifiés pourraient, selon lui, renforcer les chaînes de valeur régionales et la compétitivité africaine.
L’enjeu est considérable. Transformer localement les matières premières, développer des unités de production et favoriser les échanges entre pays africains permettrait de retenir davantage de valeur sur le continent.
Cela suppose toutefois des infrastructures fiables, des financements accessibles et une coopération étroite entre les gouvernements, les établissements de formation et le secteur privé.
De la formation aux résultats économiques
À la clôture de la conférence, le 16 octobre, Gaspard Banyankimbona a résumé l’ambition défendue à Harare :
« Le développement des compétences constitue l’infrastructure même de l’industrialisation, du commerce, de l’innovation et de la souveraineté économique de l’Afrique. »
Le responsable de l’Union africaine a appelé à traduire les engagements de la rencontre en actions concrètes, avec des responsabilités clairement définies, des financements durables et des mécanismes permettant de mesurer les résultats.
C’est désormais le principal enjeu. Les progrès ne se mesureront pas seulement au nombre de jeunes formés, mais aussi aux emplois créés, aux entreprises développées et à la productivité des économies africaines.
L’Afrique possède une jeunesse nombreuse, mais son véritable défi est de lui donner les moyens de produire, d’innover et de créer de la richesse. Sans investissements suffisants et sans transformation industrielle, son avantage démographique risque de rester un potentiel largement inexploité.
Esther Bagourdo




