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samedi, octobre 17, 2026
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Presse privée nigérienne : le dernier virage avant l’effondrement

Tout est parti d’un basculement, celui d’une société de masse où l’on s’informait, apprenait et se cultivait devant la télévision et à l’écoute de la radio, vers une société des réseaux où chacun produit, diffuse et commente. Au Niger, cette mutation a pris de court les médias privés. Aujourd’hui, la question se pose sans détour : la presse traditionnelle est-elle engagée dans le dernier virage de son effondrement ?

Les faits sont rudes. Les rédactions se vident. Journalistes, cameramen et techniciens grossissent les rangs des chômeurs, quand d’autres basculent dans une migration forcée vers le web : web médias, activisme numérique, prestations à la tâche, au gré des opportunités. La précarité s’installe et s’élargit. Des journalistes titulaires d’une licence perçoivent moins de 100 000 francs par mois, et des jeunes aux compétences avérées restent d’éternels stagiaires dans certaines structures.

À ce tableau s’ajoutent la mauvaise gestion, la raréfaction de la publicité, la baisse des couvertures médiatiques rémunérées et une profonde léthargie. Surtout, l’essor des réseaux sociaux n’a pas été anticipé : leurs usages et leur portée n’ont jamais été pris en compte, encore moins encadrés. Il en a résulté une floraison de nouveaux métiers (créateurs de contenus, influenceurs, web activistes) qui permettent à chacun de s’improviser journaliste. Face à eux, nombre de médias privés peinent encore à s’adapter. Au XXIe siècle, comment un média peut-il ne disposer ni de site web, ni de page Facebook, ni de chaîne YouTube ? Sur le terrain, des personnes qui n’ont jamais étudié le journalisme ou la communication, ni suivi la moindre formation professionnelle, portent aujourd’hui la casquette de journaliste.

Le formateur et expert des médias Lamine Souleymane tire la sonnette d’alarme. Pour lui, derrière les écrans encore allumés se joue une « tragédie économique silencieuse », celle des télévisions et radios privées qui émettent sans véritablement gagner de quoi vivre. La raison est simple : « Annonceurs et organisateurs d’événements préfèrent désormais solliciter ces nouveaux producteurs de contenus, souvent moins coûteux et plus réactifs : les activistes et influenceurs répandus sur les réseaux sociaux. »

Dans les rédactions, relève-t-il, les salaires deviennent hypothétiques, les arriérés s’accumulent, les journalistes désertent et les promoteurs s’épuisent à maintenir leurs organes en vie. Certaines rédactions couvrent même gratuitement des événements pour alimenter des programmes quasiment nuls, tout en supportant des charges lourdes : salaires, loyers, électricité, fiscalité, cotisations sociales, maintenance des équipements. Son avertissement est sans détour : « A ce rythme, le Niger risque de perdre progressivement ses véritables entreprises audiovisuelles. » Car derrière chaque télévision ou radio disparue, ce sont des emplois, des compétences, des investissements et une part du pluralisme médiatique national qui sont sacrifiés. Sa conclusion : « La question n’est donc plus de savoir si nos radios et télévisions privées sont en crise, mais combien de temps elles pourront encore survivre. »

Dans ce contexte, le gouvernement a adopté, lors du dernier conseil des ministres d’octobre 2026, une ordonnance destinée à réguler la communication en ligne et à encadrer l’exercice de ces activités. Le texte, dans son article 3, pose des définitions qui clarifient enfin un terrain longtemps flou. L’activité de presse électronique y est décrite comme la production et la mise à disposition du public d’un contenu original, d’intérêt général, renouvelé régulièrement, composé d’informations liées à l’actualité et ayant fait l’objet d’un traitement journalistique, sans constituer un outil de promotion ni un accessoire d’une activité industrielle ou commerciale. L’entreprise de presse en ligne est définie comme un service de communication au public en ligne, édité à titre professionnel par une personne physique ou morale qui en a la maîtrise éditoriale, et qui produit des articles, des vidéos ou des podcasts. Le texte distingue aussi le blog personnel, consacré à des contenus personnels généralement succincts, du blog professionnel d’informations, rubrique d’entreprise dédiée aux actualités, analyses et conseils. Il définit encore la diffamation, l’injure, la presse en ligne, le site web, l’hébergeur et le webmaster.

Ces définitions tracent une frontière claire entre le journalisme et la simple production de contenus. Mais la régulation a un revers : elle pèse lourdement sur des médias déjà exsangues, qui doivent désormais se mettre en conformité sans en avoir toujours les moyens.

L’enjeu dépasse donc le sort de quelques entreprises. Sans politique claire de carrière, sans rémunérations dignes, sans modèle économique adapté au numérique, c’est le pluralisme et la qualité de l’information qui sont menacés. Sauver la presse privée suppose de la moderniser, de la former et de la soutenir, avant que le dernier écran ne s’éteigne.

LAOUALI KANE

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