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vendredi, novembre 6, 2026
AccueilInternationalL’AFRIQUE FRANCOPHONE À LA CONQUÊTE DU MARCHÉ MONDIAL DES DROITS LITTÉRAIRES 

L’AFRIQUE FRANCOPHONE À LA CONQUÊTE DU MARCHÉ MONDIAL DES DROITS LITTÉRAIRES 

L’AFRIQUE FRANCOPHONE À LA CONQUÊTE DU MARCHÉ MONDIAL DES DROITS LITTÉRAIRES 

Afrique : Du 1ᵉʳ au 3 novembre 2026, Sharjah, aux Émirats arabes unis, a accueilli la 16ᵉ édition de la Sharjah International Publishers Conference, organisée par la Sharjah Book Authority autour du thème « L’édition à l’ère de l’accélération » Réunissant des professionnels de l’industrie du livre venus du monde entier, cette rencontre constitue une plateforme stratégique de négociation des droits, de traduction et de partenariats éditoriaux. Pour les éditeurs africains francophones, notamment ceux accompagnés par ADCF Africa, l’enjeu est de saisir ces opportunités pour dépasser les frontières de leurs marchés nationaux, renforcer leur compétitivité et conquérir une place sur le marché international du livre.  

Entre négociations commerciales, acquisition de droits, traduction et partenariats internationaux, la Sharjah International Publishers Conference confirme son rôle de plateforme stratégique pour l’industrie mondiale du livre. 

Le livre ne connaît pas de frontières, mais sa circulation internationale demeure soumise à des réalités économiques, linguistiques et commerciales complexes. C’est précisément à ces enjeux que s’attaque la Sharjah International Publishers Conference 

À travers cette rencontre internationale, organisée par la Sharjah Book Authority, les professionnels de l’édition disposent d’un espace privilégié pour échanger leurs expériences, négocier des droits de publication et de traduction et explorer de nouveaux marchés. 

Cette année, le rendez-vous a réuni des professionnels issus de 126 pays. Un véritable carrefour international où maisons d’édition, agents littéraires et acteurs de l’industrie du livre ont pu confronter leurs catalogues, présenter leurs projets et identifier de nouvelles perspectives de coopération. 

Le matchmaking, un accélérateur de partenariats éditoriaux 

L’une des particularités de cette conférence réside dans son dispositif de rencontres professionnelles, communément appelé matchmaking. Organisées sous la forme de rendez-vous individuels programmés à l’avance, ces rencontres permettent aux éditeurs de présenter directement leurs catalogues à des partenaires potentiels. 

L’objectif dépasse largement le simple échange de cartes de visite. Il s’agit de négocier des contrats, d’acquérir des droits de publication, de céder des droits de traduction et de construire des relations commerciales susceptibles de déboucher sur une présence durable dans de nouveaux territoires. 

Pour les maisons d’édition indépendantes, notamment celles implantées en Afrique, ce dispositif représente une occasion précieuse de rencontrer des interlocuteurs qu’elles auraient difficilement pu approcher individuellement. 

Les résultats de ces échanges peuvent être particulièrement concrets. Dans un témoignage partagé par ADCF Africa à l’occasion de cette édition, une éditrice ouest-africaine évoque notamment avoir vendu les droits de 30 titres et acquis les droits de huit autres. Elle explique également avoir réinvesti les enseignements d’un webinaire de Raphaël Thierry dans sa stratégie de négociation. 

Ce retour d’expérience illustre une réalité essentielle : la participation à un marché international du livre ne se limite pas à la visibilité. Elle peut également se traduire par des perspectives commerciales et une transformation des pratiques professionnelles. 

L’Afrique francophone, un potentiel éditorial encore sous-exploité 

La présence des éditeurs africains francophones à Sharjah s’inscrit dans une dynamique de structuration et d’internationalisation du secteur éditorial africain. 

Depuis plusieurs années, ADCF Africa, avec l’implication de professionnelles et de partenaires spécialisés dans le développement des écosystèmes du livre, contribue à faciliter la participation des maisons d’édition du continent à ce rendez-vous. 

En 2025, la délégation accompagnée dans ce cadre comptait 28 éditeurs issus de 13 pays d’Afrique francophone. Cette progression témoignait déjà de l’intérêt grandissant des professionnels africains pour les marchés internationaux. 

L’enjeu est considérable. Le continent dispose d’une diversité de productions littéraires, de langues, de traditions narratives et de savoir-faire éditoriaux qui constituent autant de ressources pour l’industrie mondiale du livre. 

Pourtant, les œuvres africaines demeurent encore insuffisamment représentées dans de nombreux circuits internationaux de distribution et de traduction. 

La difficulté ne réside pas uniquement dans la qualité des manuscrits ou dans la richesse des catalogues. Elle tient aussi à la capacité des éditeurs à commercialiser leurs droits, à négocier avec des partenaires étrangers, à produire des catalogues professionnels accessibles dans plusieurs langues et à maîtriser les mécanismes du commerce international du livre. 

C’est précisément sur ces compétences que les rencontres de Sharjah entendent agir. 

Faire voyager les œuvres au-delà des frontières linguistiques 

La question de la traduction occupe une place centrale dans cette industrie. Pour un éditeur africain francophone, accéder à un marché anglophone, arabophone ou asiatique suppose de pouvoir faire connaître ses auteurs dans d’autres langues. 

La traduction constitue donc bien davantage qu’un exercice littéraire : elle représente un instrument de développement commercial et de rayonnement culturel. 

À cet égard, la Sharjah Book Authority dispose notamment d’un programme de soutien à la traduction doté d’une enveloppe pouvant atteindre 300 000 dollars. Ce dispositif vise à accompagner la traduction d’ouvrages et à faciliter leur circulation entre différents espaces linguistiques, sous réserve des critères d’éligibilité du programme. 

Cette initiative répond à un obstacle majeur rencontré par de nombreuses maisons d’édition indépendantes : le coût de la traduction, auquel s’ajoutent les dépenses de production, de promotion et de distribution à l’étranger. 

En facilitant les échanges de droits et en proposant des mécanismes de soutien, Sharjah contribue ainsi à créer des conditions plus favorables à la circulation internationale des œuvres. 

Une industrie en pleine mutation face au numérique et à l’intelligence artificielle 

Au-delà des négociations commerciales, l’édition mondiale doit également faire face à une transformation profonde de ses modèles économiques. 

La conférence 2026 a consacré plus de 30 thématiques aux mutations de l’industrie du livre. Parmi les sujets abordés figuraient notamment l’intelligence artificielle appliquée à l’édition, la production et la distribution des livres audio, le marketing numérique, les droits dans l’économie digitale et l’adaptation des œuvres littéraires au cinéma et à la télévision. 

Ces évolutions interrogent directement les éditeurs africains. 

Comment rendre leurs catalogues accessibles sur les plateformes internationales ? Comment développer une stratégie de communication adaptée aux nouveaux usages ? Comment protéger leurs droits dans un environnement numérique où les contenus circulent de plus en plus rapidement ? 

Autant de questions qui imposent aux maisons d’édition de repenser leurs méthodes de travail et leurs stratégies de croissance. 

Pour les structures indépendantes, souvent confrontées à des contraintes financières et logistiques, la maîtrise de ces nouveaux outils pourrait constituer un avantage concurrentiel déterminant. 

De la visibilité à la conquête de véritables parts de marché 

La participation africaine à Sharjah soulève finalement une question fondamentale : comment transformer les opportunités offertes par les rencontres internationales en résultats économiques durables ? 

Car si les salons et conférences permettent de créer des contacts, leur véritable valeur se mesure à la capacité des professionnels à concrétiser les négociations engagées. 

Cela suppose notamment de renforcer les compétences en matière de gestion des droits, d’améliorer la qualité des catalogues, de structurer les réseaux de distribution et de développer des partenariats commerciaux à long terme. 

Cela suppose également de dépasser les logiques de représentation symbolique du continent. Les éditeurs africains ne doivent pas être uniquement considérés comme des acteurs porteurs d’une diversité culturelle à valoriser, mais comme des partenaires économiques capables de produire, de vendre, d’acquérir et de distribuer des contenus sur le marché mondial. 

À Sharjah, cette ambition prend progressivement forme. Les discussions entre éditeurs de différentes régions du monde, les négociations de droits et les nouvelles perspectives de traduction témoignent d’une industrie dans laquelle les frontières linguistiques peuvent devenir des passerelles commerciales. 

Le véritable défi pour l’édition africaine ne sera donc plus seulement de faire entendre ses voix, mais de créer les conditions économiques pour qu’elles soient lues, traduites, distribuées et commercialisées partout dans le monde. 

Esther Bagourdo 

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