Sur les routes du Niger, le nombre d’accidents a reculé en 2025, mais celui des morts a augmenté. Selon les statistiques de l’Agence nigérienne de sécurité routière (ANISER) rapportées par l’ANP, 99,24 % des accidents sont liés au comportement des usagers.
Le pays a enregistré 7 116 accidents corporels, soit 11,26 % de moins qu’en 2024. Mais ces accidents ont fait 1 245 morts, en hausse de 12,56 %. Les blessés graves progressent aussi de 3,9 %, avec 4 439 cas, tandis que les blessés légers reculent de 10,51 %, avec 7 876 cas. Les deux indicateurs les plus lourds, les décès et les blessures graves, évoluent donc à rebours de la tendance générale : les accidents sont moins nombreux, mais plus graves.
Rapportée au nombre d’accidents, cette aggravation est nette. Selon un calcul de la rédaction à partir de ces chiffres, on compte environ 17 morts pour 100 accidents corporels en 2025, contre environ 14 en 2024, soit une hausse d’environ 27 %.
Le directeur général de l’ANISER, le commissaire divisionnaire de police Dr Abou Mountari, s’est appuyé sur l’analyse des accidents de l’année pour en identifier les causes. L’excès de vitesse arrive en tête (40,76 %), devant le refus de priorité (26,03 %) et l’imprudence (18,28 %). Ces trois comportements expliquent à eux seuls plus de 85 % des accidents, et les deux premiers près des deux tiers. Suivent le non-respect de la signalisation (6,68 %), l’inattention (4,89 %), l’état d’ivresse (1,23 %), la surcharge du véhicule (1,02 %) et le sommeil au volant (0,35 %). Ces huit facteurs, tous liés à la conduite, totalisent les 99,24 % annoncés : les défaillances mécaniques et les facteurs extérieurs pèsent donc moins de 1 %.
Ces données trouvent un écho dans la circulation de Niamey. Aux heures de pointe, visages tendus derrière les pare-brises, mains crispées sur les guidons, klaxons incessants : le respect mutuel s’effrite. Une sorte de loi du plus fort s’installe, où les automobilistes pressent les motocyclistes, qui à leur tour gênent les piétons, les plus vulnérables. Aux abords des écoles, des enfants traversent chaque matin au milieu de ce trafic. Dans ce contexte, brûler un feu ou ignorer une priorité pour gagner quelques secondes relève moins de l’erreur ponctuelle que d’un manquement grave, aux conséquences parfois irréversibles.
Interrogés, des usagers confirment que la responsabilité est partagée. Pour Moujitaba Issa Moussa, taximan, « c’est un problème qui touche tout le monde. Souvent, on est pressé, on roule trop vite en ne respectant pas le code de la route, et cela n’est pas sans conséquence : c’est l’accident ». Il met en cause d’abord l’impatience et le manque de solidarité : « Si on ne patiente pas ne serait-ce qu’une fraction de seconde, la mort peut nous arrêter. »
Les piétons sont les premiers exposés. Un revendeur ambulant, qui s’est exprimé en haoussa, témoigne : « Il faut de la patience, car nous vendons en plein air, dans les rues. Souvent, des gens énervés nous heurtent. On court, et il arrive même qu’on soit touché. »
Le phénomène ne se limite pas à une catégorie d’usagers. Même ceux dont le niveau d’instruction ou la position sociale devrait en faire des exemples ne sont pas épargnés. Le retard et la hâte d’arriver au travail, parfois pour un trajet de quelques kilomètres, sont souvent invoqués pour justifier une conduite dangereuse. Or un titre ou un rang ne dispense pas de respecter la règle : il impose plutôt de l’incarner.
Respecter le code de la route, c’est aussi respecter la dignité humaine. Quand une personne est heurtée, les conséquences s’étendent à sa famille, à ses proches, parfois à son emploi. La plupart de ces accidents ne relèvent pas de la fatalité, mais de comportements que l’on peut corriger. La discipline sur la route est avant tout une condition de survie.
C’est dans cet esprit que l’ANISER mène depuis plusieurs mois des actions de sensibilisation sur les conséquences des accidents, le respect du code de la route, le port du casque et d’autres règles essentielles. Ces campagnes s’accompagnent d’opérations conjointes avec les forces de défense et de sécurité. L’objectif est de responsabiliser les usagers pour que les routes cessent d’être un lieu de drames.
La route est un espace de partage, et non un champ de bataille. Sa sécurité dépend de la discipline, de la patience et de la solidarité de chacun : respecter les règles, céder le passage, accepter d’attendre quelques secondes. Car à force de vouloir arriver les premiers, on risque de perdre l’essentiel.
Laouali Kane




