Laawol Média

La voie du changement

samedi, octobre 31, 2026
AccueilDécouverte EntrepriseInterviewsHCNE-France : Rainatou Adamou Harouna, une vision ambitieuse pour mobiliser la diaspora...

HCNE-France : Rainatou Adamou Harouna, une vision ambitieuse pour mobiliser la diaspora au service du Niger

DIASPORA NIGÉRIENNE | ENTRETIEN EXCLUSIF

HCNE-France : Rainatou Adamou Harouna, une vision ambitieuse pour mobiliser la diaspora au service du Niger

À l’heure où le Niger poursuit sa dynamique de refondation nationale, la mobilisation des compétences, des initiatives et des ressources de sa diaspora constitue un enjeu majeur pour le développement du pays.

En France, le Haut Conseil des Nigériens de l’Extérieur (HCNE-France) entend jouer pleinement son rôle de représentation, d’accompagnement et de rapprochement entre les Nigériens établis à l’étranger et leur pays d’origine.

À sa tête depuis le 10 mai 2025, Madame Rainatou Adamou Harouna, infirmière spécialisée, enseignante et entrepreneure sociale, porte une ambition : transformer le potentiel de la diaspora nigérienne en actions concrètes et mesurables au bénéfice de la communauté et du Niger.

Dématérialisation des démarches administratives, accompagnement des compatriotes, promotion de l’entrepreneuriat, mobilisation des compétences, implication des femmes et des jeunes… Autant de chantiers sur lesquels la présidente du HCNE-France entend concentrer son action.

Dans cet entretien exclusif accordé à Laawol Média, Rainatou Adamou Harouna revient sur son parcours, dresse un premier bilan des initiatives engagées, évoque les difficultés auxquelles sont confrontés les Nigériens de France et dévoile ses priorités pour renforcer la contribution de la diaspora à la construction nationale.

Entretien.

Madame Rainatou Adamou Harouna, présidente du HCNE-France

I. PARCOURS ET VISION

1. Quel parcours vous a conduite à vos responsabilités au sein du HCNE, et quelles convictions orientent aujourd’hui votre action ?

Mon engagement au sein du HCNE prolonge un parcours professionnel et associatif tourné vers les autres. Je suis infirmière spécialisée, professeure de sciences et techniques médico-sociales et entrepreneure sociale : j’ai fondé les projets « Au nom de la femme » et « Irzankay Se / Dan Yaran Mu », et cofondé l’association à but non lucratif Kokari Act Sud. Dans chacun de ces rôles, j’ai vu ce que les compétences individuelles peuvent apporter quand elles sont mises au service d’un collectif.

J’ai participé aux travaux préparatoires du Forum national inclusif, puis j’ai été première vice-présidente du bureau régional Europe. J’ai ensuite pris part aux Assises nationales à Niamey comme déléguée de la diaspora européenne. Ces étapes m’ont permis de mesurer concrètement les attentes de nos compatriotes établis à l’étranger.

Depuis le 10 mai 2025, je préside le HCNE-France avec une conviction : la diaspora nigérienne a des compétences, des ressources et des idées, mais elle manque souvent d’accompagnement et d’interlocuteurs pour les mettre au service du Niger. Notre rôle est de créer ce lien, et d’être jugés sur des résultats.

2. Comment définissez-vous le rôle du HCNE dans le maintien du lien entre le Niger et les Nigériens établis à l’étranger ?

Le Haut Conseil des Nigériens de l’Extérieur (HCNE) représente les Nigériens établis à l’étranger auprès des institutions de leur pays. Il est organisé en sections, dont la section France, le HCNE-France, que je préside.

Sa mission est de faire remonter les préoccupations de nos compatriotes, de contribuer à la recherche de solutions et de favoriser leur participation au développement du pays, en mobilisant leurs compétences, leurs investissements et leurs initiatives.

Ce lien fonctionne dans les deux sens. Nous portons les préoccupations de la communauté auprès de l’ambassade du Niger en France, et les autorités nous sollicitent pour recueillir l’avis de la diaspora, comme récemment sur la Stratégie nationale de la Refondation.

II. MISSIONS ET REPRÉSENTATION

3. Quelles sont les principales missions du HCNE et comment se traduit concrètement sa présence auprès des communautés nigériennes à l’étranger ?

Le HCNE a trois missions : représenter les Nigériens de l’extérieur, porter leurs préoccupations auprès des institutions du pays, et valoriser leurs compétences et leurs entreprises au service du développement national.

En France, cette présence passe d’abord par le terrain. Nous organisons des rendez-vous qui rassemblent la communauté, sur lesquels je reviendrai. Nous participons aussi aux activités de nos compatriotes en France et au-delà (Belgique, Espagne), ainsi qu’à celles des communautés malienne et burkinabè.

4. Par quels canaux les préoccupations de la diaspora sont-elles recueillies, suivies et portées auprès des interlocuteurs institutionnels ?

Notre premier canal est notre site internet, hcne-france.org. Nos compatriotes peuvent nous y écrire directement grâce à un formulaire de contact, se porter bénévoles sur les projets en cours qui les intéressent, et s’inscrire à notre newsletter pour recevoir nos actualités, que nous publions aussi sur le site.

Nous sommes également présents sur notre page Facebook et sur un groupe WhatsApp qui rassemble une grande partie de la communauté. Mais le HCNE-France est avant tout une instance de proximité : nos rencontres communautaires, nos événements et les échanges du quotidien avec nos compatriotes nous permettent de connaître leurs préoccupations et les projets qui leur tiennent à cœur.

Nous portons ensuite ces préoccupations auprès des interlocuteurs compétents, en premier lieu l’ambassade du Niger en France et les autorités de tutelle, par courrier et lors de réunions de travail. La rencontre du 3 octobre avec le chargé d’affaires en est l’exemple le plus récent.

Nous développons aussi des outils de consultation. En octobre, à la demande du ministère des Affaires étrangères transmise par l’ambassade, nous avons ouvert sur notre site une consultation en ligne sur la Stratégie nationale de la Refondation, de la Promotion des valeurs sociales et de la Cohésion nationale 2026-2030. Les réponses des Nigériens de France ont nourri la contribution du HCNE-France.

III. BILAN ET DÉFIS

5. Quelles initiatives ou réalisations du HCNE considérez-vous comme les plus significatives à ce jour ? Pourriez-vous préciser leurs résultats et leurs bénéficiaires ?

Nous avons pris nos fonctions le 10 mai 2025, dans un contexte difficile, et nous avons choisi de nous concentrer sur le travail.

Notre premier chantier, dès notre prise de fonction, a été la dématérialisation des démarches administratives, car c’est la préoccupation principale de nos compatriotes. Nous avons engagé des démarches auprès de l’ambassade du Niger en France et du ministère des Affaires étrangères. Le 3 octobre, notre comité exécutif a été reçu par le chargé d’affaires, M. Saley Harouna Hamadou, pour faire le point sur l’avancement du projet. Nous attendons désormais la validation du ministère. Si elle est accordée, nous proposons qu’une entreprise nigérienne qui a l’expertise dans ce domaine accompagne l’ambassade sur le volet technique.

Pour rendre visibles les entreprises et les entrepreneurs nigériens de France, nous avons lancé Niger France Business Connect, une série de webinaires. Plus de 40 entreprises sont inscrites, deux webinaires ont eu lieu et la série reprendra prochainement.

Nous nous appuyons aussi sur les dates importantes pour rassembler la communauté autour de journées de sensibilisation et de conférences thématiques. Le 3 août, jour de la fête de l’Indépendance, le Sabre de la Cohésion a associé lutte traditionnelle et conférences sur l’entrepreneuriat et la cohésion sociale. Le 17 mai, à Villejuif, nous avons célébré la Journée nationale de la femme nigérienne avec plusieurs associations.

Enfin, notre site internet, hcne-france.org, permet à chacun de suivre nos projets en cours et de nous faire part de ses suggestions.

Le bilan complet de notre mandat sera présenté à la communauté en temps voulu.

6. Quelles difficultés les Nigériens de l’extérieur signalent-ils le plus fréquemment, et quelles actions sont engagées ou envisagées pour y répondre ?

Nos compatriotes nous signalent surtout trois difficultés : le renouvellement des passeports, les délais de traitement des dossiers administratifs et l’accès à l’information. S’y ajoute une préoccupation plus douloureuse : l’accompagnement des familles en cas de décès d’un proche.

Dès notre prise de fonction, nous avons engagé des démarches auprès de l’ambassade et des autorités concernées. Lors de notre rencontre du 3 octobre avec le chargé d’affaires, nous avons aussi abordé le recensement des Nigériens établis en France et l’accompagnement des familles en cas de décès.

Pour l’accès à l’information, nous publions régulièrement les informations utiles sur notre site et notre page Facebook.

La dématérialisation des démarches est le chantier prioritaire de notre mandat. J’y reviendrai.

IV. CONTRIBUTION DE LA DIASPORA AU NIGER

7. Comment mobiliser davantage les compétences, les investissements et les réseaux professionnels de la diaspora au service du Niger ?

Il faut d’abord savoir qui fait quoi. Nous préparons une banque de compétences, ouverte à tous, qui recensera les profils et les savoir-faire de nos compatriotes pour les mettre en relation avec des besoins au Niger. Elle complétera le recensement des Nigériens de France évoqué avec l’ambassade, et sera conçue dans le respect des règles de protection des données personnelles.

Pour les entrepreneurs, Niger France Business Connect offre une vitrine : chaque webinaire leur permet de présenter leur activité, de gagner en visibilité et de nouer des contacts, en France comme au Niger.

Nous avons également obtenu un stand au Marché de la Refondation. Il nous permettra de soutenir les artisans et les entrepreneurs locaux, et de mettre en relation les entrepreneurs nigériens de France avec ceux qui développent leurs activités au Niger.

8. Quels dispositifs d’information ou d’accompagnement pourraient faciliter les projets entrepreneuriaux et les initiatives collectives portés depuis l’étranger ?

La première difficulté des porteurs de projets est souvent de savoir à qui s’adresser : quels interlocuteurs solliciter au Niger, quelles démarches suivre, quels appuis existent.

Nous voulons y répondre en rendant l’information plus accessible et en créant des passerelles : Niger France Business Connect pour la visibilité, la banque de compétences pour la mise en relation, et le Marché de la Refondation pour les échanges directs avec les entrepreneurs au Niger.

Il ne s’agit pas de multiplier les dispositifs, mais de faire en sorte que ceux qui existent se complètent.

V. ACCOMPAGNEMENT ET INCLUSION

9. Quels progrès jugez-vous prioritaires en matière d’information, d’orientation et d’accompagnement administratif des Nigériens résidant à l’étranger ?

La priorité est de rendre l’information administrative plus claire et plus accessible à tous nos compatriotes, quels que soient leur lieu de résidence et leur aisance avec les outils numériques.

C’est tout l’enjeu de la dématérialisation des démarches, dont j’ai présenté l’avancement.

Concrètement, l’objectif est qu’un Nigérien installé à Lyon ou à Marseille puisse s’informer, préparer ses démarches et suivre son dossier en ligne, avec moins de déplacements à Paris.

Sa mise en œuvre sera progressive, et nous informerons la communauté de chaque étape.

10. Comment le HCNE associe-t-il les jeunes et les femmes de la diaspora à ses consultations, programmes ou instances de représentation ?

Le HCNE-France est présidé par une femme, et nous tenons à ce que les femmes et les jeunes soient présents dans nos activités comme dans nos consultations. La consultation sur la Stratégie nationale de la Refondation, par exemple, était ouverte à tous, et les réponses pouvaient être anonymes.

Pour les femmes, la Journée nationale de la femme nigérienne, célébrée le 17 mai à Villejuif avec des associations dirigées par des femmes, en est un exemple. Nous lancerons aussi « Un mois, une femme » : chaque mois, nous présenterons sur nos réseaux le parcours, les compétences et les activités d’une Nigérienne de France.

Pour les jeunes, nous prévoyons une journée d’intégration des primo-arrivants, notamment des étudiants nouvellement arrivés en France, pour les aider dans leurs premières démarches et leur installation.

Enfin, nous préparons des activités ludiques et éducatives pour les plus jeunes, afin de leur faire découvrir la culture nigérienne et de renforcer leur attachement au pays.

VI. PERSPECTIVES ET MESSAGE

11. Quelles sont les priorités du HCNE à court et moyen terme ? Quels résultats concrets permettent d’en mesurer l’avancement ?

Nos priorités sont au nombre de trois : faire avancer la dématérialisation des démarches administratives, lancer la banque de compétences et relancer la série Niger France Business Connect.

En parallèle, nous mettrons en œuvre « Un mois, une femme », la journée d’intégration des primo-arrivants et les activités pour les plus jeunes.

Nous rendrons compte de l’avancement avec des éléments vérifiables : les étapes franchies dans la dématérialisation, le nombre de profils inscrits dans la banque de compétences, le nombre d’entreprises accompagnées et la participation à nos activités.

12. Quel message souhaitez-vous adresser aux Nigériens de l’extérieur, ainsi qu’aux institutions et partenaires qui collaborent avec eux ?

Aux Nigériens de l’extérieur, je veux dire que nos compétences, notre solidarité et notre capacité à entreprendre sont une richesse pour le Niger, à condition de les mettre en commun.

J’invite chacun à privilégier le dialogue et à contribuer, selon ses moyens, aux initiatives collectives : inscrivez-vous dans notre banque de compétences dès son lancement, faites-nous part de vos difficultés, participez à nos consultations. Le HCNE-France est au service de tous les Nigériens de France.

Aux institutions et partenaires, j’adresse un appel à la coopération. Une diaspora mieux informée, mieux accompagnée et associée aux décisions peut contribuer davantage au développement national.

Notre responsabilité collective est de transformer notre attachement au Niger en résultats concrets.

RELATED ARTICLES

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

- Laawol Média -spot_img

Most Popular

Recent Comments