Le personnel du groupe de presse privé Bonferey est en grève pour cinq jours. Ce lundi 26 octobre 2026, à 21h, heure habituelle du journal, la télévision du groupe affichait un écran noir : le journal n’a pas été présenté. Les agents réclament cinq mois et demi d’arriérés de salaire, soit un peu plus de 20 millions de F CFA.
Dans la matinée, à Niamey, la journaliste Aminata Yaya Maiga avait lu la déclaration du personnel de la radio et de la télévision, qui prenait l’opinion nationale à témoin. Le soir, des images relayées sur les réseaux sociaux ont montré un message à l’écran : « Pour des raisons de grèves, nous ne sommes pas en mesure de vous diffuser les journaux TV et l’ensemble de nos programmes ».
Dans leur déclaration, les agents affirment vivre depuis plusieurs mois une situation sociale dramatique et dénoncent des violations répétées du code du travail nigérien et des conventions internationales du travail.
Sur les salaires, ils affirment qu’aucun calendrier de paiement ne leur a été proposé par la Direction générale, dirigée par M. Ismaël Himadou, PDG désigné en juin 2025 par la famille Himadou Hamani Sirignéré, propriétaire du groupe.
Sur la sécurité sociale, ils soutiennent que la majorité du personnel n’est pas déclarée à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), ce qui le priverait de couverture maladie, d’allocations familiales et de droits à la retraite. Selon eux, les cotisations ont toujours été prélevées, mais détournées, pour plus de 23 millions de F CFA. Ils ajoutent que la Direction envisagerait de radier les quelques agents déclarés, comme l’attesterait une demande d’explication interne datée du 25 août 2026.
Concernant l’inspection du travail, le personnel assure que les engagements pris devant l’inspectrice du travail de Niamey n’ont pas été respectés. Il évoque aussi la lettre de rappel n° 000639/MFPT/E/SG/DGT/E de la ministre de la Fonction publique, du Travail et de l’Emploi, qui demandait aux entreprises de presse de respecter les textes en matière de salaires, de congés, de liberté syndicale et de bilan de santé. Selon les agents, la Direction continue pourtant ses agissements.
Les agents dénoncent également le prélèvement de l’impôt unique sur les traitements et salaires (IUTS) sans remise de bulletins de paie. Ils affirment que les tâches des collègues licenciés pour motif économique leur sont imposées sans aucune compensation, et que des retenues abusives ont été opérées pour fait de grève, y compris sur les salaires de ceux qui ont assuré le service minimum lors des précédents mouvements.
Enfin, ils s’étonnent que la Direction ait procédé à de nouveaux recrutements alors que les salaires ne sont pas payés et que certains agents ont été licenciés pour un motif économique qu’ils jugent contestable.
Les agents disent avoir successivement adressé une lettre de rappel et de mise en garde au PDG, saisi la famille propriétaire, interpellé la ministre du Travail et soutenu leur démarche par une pétition signée de l’ensemble du personnel. Faute de réponse, ils ont décidé de prendre l’opinion nationale à témoin.
Ils exigent l’annulation des nouveaux recrutements et le respect strict de la loi en matière de licenciement et de recrutement pour motif économique. Ils demandent aussi l’arrêt des intimidations et du recours à un faux prétexte de faute lourde, qui constitue selon eux une manière de contourner la loi. Ils réclament enfin l’inscription de tous les agents à la CNSS et la transparence sur la gestion de l’entreprise.
Ils en appellent à l’Observatoire national de la communication (ONC), à la Maison de la presse, aux organisations de défense des droits des travailleurs (UDTN, CNT) et à celles de la liberté de la presse. « On ne peut pas défendre la liberté de la presse à l’extérieur et bafouer les droits des journalistes et des techniciens à l’interne », estiment-ils.
À l’heure où cet article est rédigé, la Direction du groupe n’a pas réagi publiquement à ces accusations. Sa version des faits sera publiée dès qu’elle se prononcera.
Cette situation s’inscrit dans un contexte plus large pour la presse privée. Selon l’AFP, 36 salariés de la télévision privée Canal 3 Niger avaient été licenciés après une grève de trois jours pour réclamer le paiement d’arriérés de salaire. Leur porte-parole faisait état de plus d’un an et demi d’arriérés. La direction de la chaîne parlait d’insubordination et d’une grève illégale, tout en reconnaissant des difficultés communes à toute la presse du pays. D’après des associations de médias, de nombreux employés des radios et télévisions cumulent six mois, voire plus d’un an, d’arriérés de salaire.
Laouali Kane



