Depuis quelques jours, Niamey et plusieurs régions du pays font face à une rupture d’approvisionnement en carburant. Sur le terrain, nous avons constaté des pompes à sec dans plusieurs stations, de longues files de véhicules et, par endroits, des scènes de bagarres entre usagers.
Plus de dix personnes (chauffeurs de taxi, étudiants, pompistes et automobilistes) ont été interrogées. Leurs réponses convergent : inquiétude, temps perdu et tensions aux pompes. Un chauffeur de taxi, qui a requis l’anonymat, raconte : « J’ai passé la nuit à attendre que la station soit ravitaillée, de 22 h à 6 h 15. »
Les étudiants évoquent un impact direct sur leurs déplacements. « Les cours commencent à 8 h, mais les tarifs des taxis ont augmenté et ces derniers sont moins nombreux, ce qui limite nos déplacements », confie l’un d’eux.
Les pompistes, eux, travaillent sous pression et doivent parfois faire face à la colère des clients. « Il faut de la patience, cette situation ne dépend pas de nous », expliquent-ils, regrettant que les files ne soient pas toujours respectées.
Face à cette tension, les autorités ont réagi. Le ministère du Pétrole, la Société nigérienne de distribution des produits pétroliers (SONIDEP) et le syndicat des transporteurs d’hydrocarbures s’emploient à rétablir l’approvisionnement. Dans un communiqué publié le 15 octobre, le ministère a dressé la liste des stations ravitaillées et indiqué qu’il continuerait de suivre la situation. Dans plusieurs stations, les forces de défense et de sécurité (FDS) ont été déployées pour maintenir l’ordre et prévenir les incidents.
Le ministère du Commerce a, quant à lui, pris un arrêté le 17 octobre interdisant l’exportation du carburant hors du pays jusqu’au retour complet à la normale.
Selon plusieurs témoignages recueillis, certains comportements entretiennent par ailleurs la psychose. Des usagers qui achetaient habituellement 2 000 francs CFA d’essence en demandent désormais pour 5 000, et d’autres en achètent pour le revendre plus cher.
Dans le même temps, le secteur pétrolier nigérien fait l’objet d’un suivi au plus haut niveau. Un communiqué diffusé après la réunion du mardi 13 octobre 2026, à Niamey, indique que le ministre des Affaires étrangères, Bakary Yaou Sangaré, président du comité chargé de la négociation dans le domaine du pétrole, a reçu les dirigeants de CNPC Niger Petroleum S.A., de WAPCO Niger et de la SORAZ. Deux dossiers étaient à l’ordre du jour.
Le premier concerne l’éruption du puits Goumeri W-8, sur le bloc d’Agadem. Le ministre a exigé de l’opérateur la maîtrise du puits, la transparence de l’information, la quantification des volumes déversés et la protection des populations et de l’environnement, sous le suivi d’une commission d’enquête mise en place par l’État.
Le second porte sur l’exécution du protocole de partenariat pétrolier du 18 mai 2026. Sept chantiers ont été examinés, parmi lesquels le rapatriement des devises issues des exportations de brut, la sous-traitance locale, la nigérisation des sociétés d’ici 2030, la certification des réserves d’Agadem et l’augmentation de la production de la SORAZ.
Pour l’heure, quelques citernes sont bien entrées à Niamey, signe que l’approvisionnement se poursuit. Mais la crainte des usagers, qui restent nombreux aux pompes pour faire le plein par précaution, entretient les files d’attente et les tensions. Cette ruée rend difficile la perception d’une amélioration sur le terrain, alors même que les livraisons reprennent. Le retour à la normale dépendra donc autant de la régularité des arrivages que de la capacité à rassurer les consommateurs.
LAOUALI KANE




