AES : Assimi Goïta chez ses pairs à Niamey et Ouagadougou, une concertation aux enjeux stratégiques
Sécurité régionale, opérationnalisation de la Force unifiée, coopération avec Moscou et recomposition des alliances au Sahel : la visite du président malien dans les deux capitales de l’AES intervient dans un contexte géopolitique particulièrement sensible.
Le président de la Transition malienne, le Général d’Armée Assimi Goïta, est attendu ce jeudi 5 novembre 2026 à Ouagadougou et à Niamey, où il doit rencontrer ses homologues burkinabè, le Capitaine Ibrahim Traoré, et nigérien, le Général d’Armée Abdourahamane Tiani. Au-delà du caractère diplomatique de ce déplacement, cette tournée traduit la volonté des trois dirigeants de renforcer leur concertation face aux nombreux défis sécuritaires et géopolitiques auxquels la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES) est confrontée.
Cette visite intervient dans un environnement régional marqué par des mouvements militaires aux frontières, des tensions diplomatiques et une recomposition des alliances. Les évolutions observées dans le sud libyen, les tensions signalées à la frontière nigéro-tchadienne après l’attaque d’Emi Lulu (région d’Agadez) que le Niger a attribué à son voisin de l’Est, ainsi que les initiatives militaires et diplomatiques de certains acteurs régionaux appellent une vigilance accrue des États de l’AES.
Dans ce contexte, la coordination des dispositifs de défense et de sécurité apparaît comme une priorité. L’opérationnalisation effective de la Force unifiée de l’AES, notamment dans le stratégique espace du Liptako-Gourma, devrait figurer parmi les principaux sujets des échanges. Il s’agit de renforcer le commandement conjoint, de coordonner les opérations transfrontalières et de mutualiser les moyens pour faire face aux groupes terroristes et aux réseaux criminels.
Autre enjeu majeur : le partenariat stratégique avec la Russie. De retour des concertations tenues à Moscou dans le cadre du sommet Afrique-Russie, Assimi Goïta pourrait partager avec ses pairs les principales orientations et perspectives de coopération, particulièrement dans les domaines militaire, logistique, de la formation et des investissements économiques. Une démarche qui s’inscrit dans la recherche de partenariats diversifiés et le renforcement de l’autonomie stratégique de la Confédération.
Les relations avec les pays voisins constituent également un dossier sensible. Le rapprochement entre Bamako et Alger, après une période de fortes tensions, de même que les préoccupations suscitées par les évolutions militaires dans l’espace sahélo-saharien, participent à la redéfinition des équilibres régionaux. Les trois capitales ont tout intérêt à harmoniser leurs lectures et leurs réponses face aux initiatives extérieures susceptibles d’affecter leurs intérêts communs.
Mais la sécurité ne saurait constituer l’unique horizon de cette concertation. Le désenclavement des territoires, l’interconnexion énergétique, la fluidification des échanges commerciaux et le retour des services sociaux de base dans les zones affectées par l’insécurité sont autant de chantiers qui conditionnent la crédibilité du projet confédéral.
En se rendant successivement à Ouagadougou et à Niamey, Assimi Goïta porte ainsi un message de cohésion et de solidarité entre les trois États. Dans un Sahel soumis à de profondes mutations géopolitiques, l’enjeu est désormais de transformer la convergence politique affichée par les dirigeants de l’AES en une véritable capacité d’action commune, aussi bien sur le terrain sécuritaire que dans celui du développement.
Oumarou Kane





